Rivages : du désir à l'empoigne
Organisée et animée par Xavier LAFON
chargé de mission « Mer et littoral » au MEEDDM
avec Catherine MEUR-FÉREC, professeur, université de Bretagne Occidentale,
Catherine BERSANI, inspecteur général de l’équipement. Conseil général de l’environnement et du développement durable,
Denis CLÉMENT, directeur adjoint, conservatoire du Littoral,
Brice TROUILLET, maître de conférences, université de Nantes ,
Isabelle AUTISSIER, navigatrice
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Organisée et animée par Xavier Lafon, chargé de mission « Mer et littoral » au MEEDDM, avec Catherine Meur-Férec, professeur, université de Bretagne Occidentale, Catherine Bersani, inspecteur général de l’équipement, Conseil général de l’environnement et du développement durable, Denis Clément, directeur adjoint, conservatoire du Littoral, Brice Trouillet, maître de conférences, université de Nantes , Isabelle Autissier, navigatrice

Le littoral constitue un territoire spécifique par la variabilité des phénomènes naturels auxquels il est soumis, par la complexité du fonctionnement écologique et par la diversité et le poids des activités et équipements humains qui s’y développent (pêcheries, loisirs, urbanisation résidentielle et touristique...).

Lieu de la « délicate rencontre entre la mer et la terre », interface multiple entre terre et mer, nature et société, politiques et pratiques, il est aujourd’hui l'objet de très forts enjeux et de débats passionnés.

Le littoral a longtemps véhiculé une image négative. La mer s’opposait à la terre des humains, le trait de côte représentant la limite entre le domestiqué et l'inconnu. Jusqu’au XVIIème siècle, les étendues illimitées, marines et côtières, étaient considérées comme laides et (ou) dangereuses. La côte a pu être définie comme « un territoire du vide » (Corbin, 1988) car seules les populations dont le travail était lié à la proximité de la mer y vivaient.

L’attirance pour la mer devient visible au XIXème siècle. Elle résulte du tourisme balnéaire (haliotropisme, héliotropisme), de l’essor et de l’industrialisation des activités portuaires, ainsi que d’initiatives de l’État (Languedoc-Roussillon, Aquitaine, complexes industrialo-portuaires de Dunkerque, Marseille-Fos...).

Dans le même temps, de plus en plus nombreux sont les groupes sociaux qui découvrent les loisirs de mer (baignade, pêche à pied …) et s’aventurent sur l'eau.

Toutes ces mutations profondes d'un espace traditionnellement peu occupé augmentent considérablement et concentrent des enjeux sur le littoral. Les chiffres de l’observatoire du littoral (2006) témoignent de l'intensité et de l'actualité du phénomène. La densité de population des communes littorales est de 281 hab. / km² soit 2,5 fois la moyenne métropolitaine ; elle peut être multipliée par dix durant la saison estivale. Les territoires des communes littorales sont fortement artificialisés (10,4 % contre 3,9 % pour la moyenne métropolitaine). Sur 4 % du territoire, ces communes condensent 17 % de l’offre nationale d’hôtels, 48 % de l’offre de campings et 51 % des résidences de tourisme. Le décalage entre la disponibilité et la demande d'espace en fait un bien rare, convoité, soumis à des concurrences d'usage. En quelques décennies, on est ainsi passé au « littoral d'empoigne » (Paskoff, 1993).

Le Grenelle de la mer a été l’occasion d’établir un constat, partagé par tous, des enjeux relatifs au développement durable.

Il s'agit aujourd’hui de discuter d’un moment peut-être charnière dans les politiques de la mer et du littoral, alors que chaque acteur reconnaît et essaie d'appréhender, sans la simplifier, la complexité des enjeux de gestion et d'élaborer de nouveaux cadres d’action collective.

Nous aborderons ainsi les enjeux de l’attractivité littorale, en insistant sur des exemples concrets comme en recèlent les terrains du Conservatoire du littoral. Nous verrons comment la question de l'évaluation de cette attractivité littorale trouve sa traduction en termes de demande d'espace à terre... comme en mer.

Pour corollaire, il faudra discuter la question de la connaissance et de la spatialisation des activités humaines en mer, ainsi que la spécificité des cadres de gestion.

Le processus entamé par la concertation du Grenelle de la mer constitue une fenêtre d’opportunités pour faire évoluer ces cadres de gestion. Nous essaierons, dans un effort de prospective, de discuter les outils de gestion qui pourront se mettre en place.

Le littoral apparaît ainsi comme un espace ambivalent, attirant car porteur de richesses et d'aménités liées à la présence de la mer, mais aussi marqué par de fortes contraintes naturelles et anthropiques génératrices de conflits et de risques. Saurons-nous maintenir les conditions de son attractivité tout en maîtrisant son développement ?

Résumé réalisé avec la contribution de tous les intervenants de la conférence-débat.


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ffs