L’ATLANTIQUE CENTRAL ET MéRIDIONAL : UN ESPACE OCéANIQUE « éMERGENT » ?
Michel LESOURD

Professeur des Universités (LEDRA/UMR CNRS 6266 IDEES)
Université de Rouen (France)
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Les dynamiques de la mondialisation sont variées. Longtemps considéré comme un espace maritime mineur piqueté d’îles emblématiques de l’isolement, voire de l’oubli, telles Sainte Hélène, Tristan da Cunha ou l’archipel du Cap-Vert, l’océan Atlantique central et méridional n’est-il pas en train de devenir, par la double montée en puissance des états riverains et de la mondialisation des échanges, un « espace océanique émergent » ?

Sur les deux rives de l’Atlantique Sud, le Brésil à l’ouest et, dans une moindre mesure, l’Angola à l’est connaissent depuis quelques années un spectaculaire développement de leurs activités économiques. Le Brésil, dixième puissance industrielle du monde, « grenier du monde » pour certains produits alimentaires, affirme et veut assumer son rôle de « puissance émergente », notamment avec des partenariats lusophones transatlantiques. La croissance de l’Angola, fondée sur une exploitation intense de ses matières minérales et notamment de ses hydrocarbures, attire les investissements étrangers et apparaît comme l’un des principaux pays africains de la région allant du golfe du Bénin à l’Afrique du Sud.

Dans ce contexte géoéconomique et stratégique nouveau, les entrepreneurs portugais, continentaux et açoréens, ne demeurent pas inactifs. Soucieux de préserver leur place dans le cadre de la lusophonie mondiale, ils semblent avoir fait de l’espace atlantique une préoccupation prioritaire : la Banque Espirito Santo, déjà présente au Brésil, souhaite faire du Cap-Vert un hub du transport atlantique central et sud maritime et aérien, maillon central d’une « chaîne atlantique lusitane » euro-afro-brésilienne. La Banque Angolaise d’Investissement (BAI), qui vient de s’installer au Cap-Vert, ne cache pas non plus ses ambitions sur la rive africaine et vers l’Europe.

Les partenaires extérieurs s’intéressent aussi à l’Atlantique Sud : la Chine souhaite développer au Cap-Vert une plate-forme de stockage et de redistribution de ses produits à destination de l’extrême-ouest africain. A côté des entrepreneurs portugais, les investisseurs espagnols, canariens, britanniques, irlandais investissent ou envisagent des investissements immobiliers touristiques dans le « nouvel eldorado » que constitue désormais l’archipel du Cap-Vert, qui rassure par le sérieux et l’allant de ses dirigeants et sa bonne gestion de l’aide internationale.

L’Union européenne a aussi fait des archipels des Canaries et du Cap-Vert en Atlantique centre-oriental des sentinelles avancées de sa politique d’accès à son territoire. L’Atlantique est devenu, hélas, l’espace des trafics illicites transcontinentaux des drogues américaines et la Guinée Bissau est devenue récemment le premier narco-état africain. Et la sécurité de la grande route maritime péri-africaine passant entre Dakar et la Cap-Vert doit continuer d’être assurée.

Les enjeux spatiaux et économiques dans ce nouvel espace Atlantique « émergent » sont donc considérables. La « Méditerranée atlantique » et l’Atlantique Sud se rejoignent. Pour mieux s’unir ?


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