Les ressources énergétiques et minérales marines : valorisation et géostratégie
Bernadette MÉRENNE-SCHOUMAKER
Professeur de géographie économique à l’Université de Liège
Article complet
La production sous-marine du pétrole remonte à 1923. Dans un premier temps, on se contente de rechercher sous la mer les prolongements des gisements terrestres puis, à partir de 1940, on se risque à de plus grandes profondeurs mais en restant toujours sur la plate-forme continentale et/ou à moins de 200m. A partir de 1973, les tensions sur les marchés pétroliers (et donc les hausses de prix) et aussi les progrès technologiques (au niveau de la prospection, de l’exploitation et du transport) poussent à l’audace. On descend dès lors à de plus grandes profondeurs. Les offshores profonds (entre 700 et 3000 m) ne datent toutefois que des années 1990 car les défis sont énormes aux niveaux technologique, financier, environnemental, de sécurité… Mais les ressources sont considérables : l'offshore représente au niveau mondial 22 % des réserves en pétrole et 37 % en gaz.

Ce développement n’aurait cependant pas été possible sans le nouveau droit international de la mer car la mer contrairement à la terre est un espace public et les ressources marines sont des ressources publiques qu’il s’agisse de ressources renouvelables (ressources halieutiques, vent, marées…) ou non renouvelables (hydrocarbures ou minéraux…). Ce droit découle pour l’essentiel de la Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer signée en 1982 et entrée en vigueur en 1994. Cette convention a créé ou confirmé un certain nombre de zones (dont la zone économique exclusive -ZEE- qui peut s’étendre jusqu’à 200 miles (370 km des côtes) où les Etats côtiers ont le droit exclusif d’exploiter les ressources vivantes ou non) ; elle a aussi donné à ces Etats un rôle central puisque ces derniers sont à la fois les seuls gestionnaires de l’espace, des ressources et régulateurs des usages de la mer. Certains pays, comme ceux au large du Golfe de Guinée, sont ainsi fortement courtisés pour leurs richesses.

En outre, l’exploitation des ressources d’hydrocarbures peut parfois entrer en conflit avec les autres usages de la mer, voire les mettre à mal. Le problème a pris de l’ampleur avec le développement des énergies marines renouvelables (énergie éolienne captée par des aérogénérateurs fixés sur le fond à quelques dizaines de mètres, énergie cinétique des courants ou énergie de la houle et des vagues, toutes deux encore en expérimentation via des prototypes). En effet, ces usages (notamment les éoliennes en grand développement) mobilisent l’espace maritime de manière permanente et même souvent exclusive ou quasi exclusive contrairement aux usages traditionnels (pêche, navigation…). Il en résulte des conflits croissants surtout dans les mers côtières que les régimes juridiques actuels ne savent pas résoudre, le cadre terrestre de l’urbanisme étant inadapté en mer.

Par ailleurs, si l’exploitation du sel et plus encore de l’eau via le dessalement de l’eau de mer sont aussi sources d’enjeux, l’exploitation des autres ressources minérales, en particulier des nodules polymétalliques (mais aussi des sulfures hydrothermaux des encroutements cobaltifères, des diamants, des phosphates ou des placers), est bien plus encore un objet de convoitise. Ils ont en effet été en grande partie l’élément moteur du traité sur le Droit de la Mer qui les avait déclarées « patrimoine commun de l’humanité » et à l’origine de l’instauration en 1994 de l’Autorité internationale des Fonds marins chargée d’arbitrer la répartition de ces richesses. Plus de trente ans après les premières explorations, l'exploitation des nodules est de nouveau d'actualité car ils sont riches en métaux nobles et se situent sur le plancher océanique ce qui permet de les récolter plus facilement.

La conférence traitera successivement des enjeux relatifs aux hydrocarbures offshores, aux énergies marines renouvelables et aux ressources minières en mettant en évidence leurs perspectives, leurs contraintes, leurs impacts environnementaux et socio-économiques et les jeux des acteurs concernés.

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