L’océan sous pression :
quel avenir pour l’homme ?


Philippe VALLETTE

Directeur Général de NAUSICAA
Co- Président du Réseau Océan Mondial
Article complet

Il existe un seul Océan mondial qui couvre les trois quarts de notre planète. Ce monde en trois dimensions, en mouvement perpétuel et d’une densité supérieure à celle de l’air est à la base du système qui permets l’ensemble de la vie sur notre planète.


Il échange des gaz avec l’atmosphère et influe sur la composition de l’air que nous respirons. Ainsi, il joue un rôle majeur dans la machine climatique planétaire et limite le réchauffement en absorbant le gaz carbonique émis par les activités humaines.


Le milieu océanique abrite des millions d’espèces qui n’ont pas encore été répertoriées. Certains écosystèmes marins, comme les régions d’upwellings, les récifs coralliens ou les zones humides littorales, abritent une biodiversité exceptionnelle. Cette réserve de vie est une source de nourriture essentielle pour de nombreuses populations, mais aussi une source de molécules nouvelles pour l’industrie pharmaceutique ou chimique.


L’Océan représente un intérêt stratégique, militaire et une richesse économique convoitée. 90% du transport de marchandises s’effectue par voie des mers. On y trouve de gigantesques gisements de métaux et de minéraux. Nous exploitons déjà les hydrocarbures marins et avons découvert des gisements d’hydrates de méthane qui pourraient constituer une ressource d’énergie fondamentale à l’avenir. Une grande partie de nos activités sont également concentrées sur le littoral qui abrite les trois-quarts des plus grandes villes du monde ! La mer participe aussi à nos loisirs, à nos cultures… Pour toutes ces raisons, l’Océan joue un rôle majeur dans notre vie, même si nous habitons loin des côtes.


Mais comme le reste de la planète, il subit de plein fouet les atteintes à l’environnement, car il est le réceptacle de toutes nos activités : 80 % de la pollution marine a une origine terrestre. Emportés par les courants, les polluants voyagent au bout du monde … La surexploitation et la dégradation des milieux est rapide : 75% des stocks de poissons sont surexploités ou exploités au maximum ; un tiers des récifs de coraux sont morts. La plupart des côtes sont touchées par l’érosion. Les conséquences sont environnementales, mais aussi sociales et économiques. Pauvreté et baisse des ressources alimentaires augmentent dans les pays du Sud. Dans le monde, les maladies causées par la pollution des eaux côtières coûtent chaque année 13 milliards de dollars.


Les zones économiques exclusives (ZEE) couvrent 35 % de la surface de l’océan. Les Etats y instaurent des mesures de préservation et des règlementations mais seule une gestion trans-sectorielle et internationale peut être efficace à long terme, comme par exemple la Politique maritime intégrée adoptée l’année dernière par la Commission européenne. La France qui possède le 2ème territoire maritime mondial, est particulièrement concernée par ces enjeux.


Les 65 % restant de la surface des océans sont soumis à une législation internationale insuffisante pour garantir son exploitation raisonnée. Aujourd’hui, les instances intergouvernementales militent pour la mise en place d’une gouvernance de l’océan. La plupart des pays ont signé la convention des Nations unies sur le droit de la mer et chaque année se tient à l’ONU un processus consultatif informel sur le droit de la mer.


Mais la sauvegarde du milieu marin n’est pas exclusivement une affaire de spécialiste ou celle des habitants du littoral. C’est notre affaire à tous. D’où l’importance d’informer et de sensibiliser le grand public. Car ce sont les citoyens qui consomment, agissent chaque jour et élisent les décisionnaires. La mise en place d’un mouvement mondial, comme le Réseau Océan Mondial, qui rassemble des institutions et organisations en contact avec le public, a pour objet de faire changer les comportements individuels, et ainsi d’agir massivement et globalement


Les décisions qui seront prises dans les années à venir pour gérer, l’Océan mondial, patrimoine commun de l’humanité seront déterminantes pour les générations futures.



haut de page

ffs