ENVIRONNEMENT, RISQUE NATUREL, PRATIQUES SOCIALES :
le cas de l'avalanche du 25 Février 1995
à Peisey Nancroix (Savoie
)

Jean Jacques MISERY

 

L'article complet

L’étude de cas que je vais vous présenter s’inscrit dans la progression de la classe de Seconde dans la partie « les sociétés humaines face aux ressources et aux contraintes de la Terre ». C’est en effet par cette entrée « sociale » qu’est enseignée la géographie de la nature au Lycée. Il est même spécifié dans les allégements parus au BO N°5 du 5 août 1999 que cette partie privilégiera l’étude des interactions entre les milieux et les sociétés humaines, que concernant les milieux physiques, l’échelle des temps historiques l’emportera sur celle des temps géologiques : ces milieux ne devant pas être étudiés pour eux-mêmes, mais en relation avec les adaptations et les interventions humaines.

L’étude de cas se propose, à partir d’une dépêche de l’AFP, relatant une avalanche qui a détruit huit chalets sur la commune de Peisey-Nancroix (Savoie) d’aborder d’une part les conditions naturelles qui prévalent dans les milieux de montagne tempérées et la situation de crise qui peut naître de comportements liés à des changements de pratiques sociales et de représentation de ces milieux.

Le corpus documentaire proposé aux élèves comprend six documents :
  • une photographie de l’avalanche du 25 février 1995

  • un extrait de la carte IGN 1/25000ème Les Arcs-La Plagne

  • une dépêche AFP du 25 février 1995

  • un bulletin d’analyse météorologique de la station de La Plagne

  • un historique des avalanches sur la face Nord de Bellecôte établi par les services de l’ONF

  • une déclaration du Maire de Peisey-Nancroix du 6 septembre 1995

  • Le premier document à aborder avec les élèves est évidemment la dépêche AFP (3A), car ce document brut dans sa relative sécheresse permet de poser le problème. Que s’est-il passé ? Où ? Quand ? et de dramatiser la séance pour la rendre plus intéressante. Ainsi cette dépêche nous apprend qu’une avalanche a emporté huit refuges d’alpage près de Peisey-Nancroix le 25 février 1995. Que des personnes pourraient s’être trouvées à l’intérieur de ces abris.

  • Après une recherche de la localisation du site (atlas, carte IGN 1/100000ème) deux documents (5A et 5B) analysés en parallèles permettent d’analyser le site d’avalanche : la photographie et la carte IGN 1/25000ème.Elles mettent en scène le théâtre du drame : la face Nord du massif de Bellecôte, la vallée du Ponturin en contre bas avec le hameau des Lanches, un bassin de réception de la neige bien dessiné, un chenal d’écoulement très resserré, un cône de déjection bien visible sur la photographie comme sur la carte, un dénivelé très important (3417 m à Bellecôte, 1523 m aux Lanches) soit à peu près 1900 m pour une distance à vol d’oiseau d’un peu moins de 4 km.

  • Le bulletin d’analyse météorologique (4B) de la station de La Plagne précise les conditions climatiques qui ont favorisé l’avalanche et qui sont des conditions habituelles de l’hiver en milieu montagnard : une semaine de mauvais temps engendré par un flot de perturbations ininterrompu avec des déversement de neige importants en versant Nord-Est. Plusieurs épisodes de vent ont entraîné des accumulations. Un épisode neigeux récent accentue le risque de déclenchement d’avalanches naturelles.

  • L’historique des avalanches de la face Nord de Bellecôte (3B) permet de montrer que l’avalanche dans ce site est une respiration « naturelle » de la montagne. 44 avalanches depuis 1901, une fois tous les deux ans en moyenne. Le hameau des Lanches a été touché à 7 reprises depuis 1901. Ces avalanches se produisent plutôt entre janvier et mars.

  • L’intervention du Maire de Peisey-Nancroix (4A) permet de relier géographie de la nature et géographie sociale et amène à comprendre comment une respiration naturelle de la montagne (climat rigoureux et avalanche) dans un site favorable (la face Nord de Bellecôte) se transforme en risque du fait des comportements humains. On apprend en effet que les maisons détruites par l’avalanche au hameau des Lanches étaient auparavant des chalets d’alpage, donc habités seulement l’été, et qu’avec le développement de la pratique du ski de fond et la mode des résidences secondaires en montagne, ces chalets ont été aménagés et restaurés pour être habités toute l’année. Le Maire se trouve pris entre le désir de voir restaurer le patrimoine architectural de la montagne et l’impossibilité d’assurer la sécurité à ces habitations en hiver car en France, le permis de construire n’est pas dissocié du permis d’habiter.

Le dossier permet donc de mettre en interrelation :

  • un système spatial qui a évolué dans le temps : un hameau constitué de chalets précaires fréquentés autrefois l’été au moment de la montée à l’alpage, devenu hameau de résidences secondaires habitées été et hiver avec la pratique du ski de fond, le tout dans une ancienne vallée glaciaire exposée aux avalanches de la face Nord du massif de Bellecôte

  • un système social dont les acteurs ont profondément changé ; des agriculteurs éleveurs aux touristes en passant par l’Etat, responsable de la sécurité et du déneigement, l’ONF en charge de la restauration des terrains de montagne, la municipalité soucieuse de conserver son patrimoine architectural mais prisonnière d’une loi, qui en France, ne dissocie pas le permis de construire du permis d’habiter.

Pour résoudre ce problème de géographie, une batterie d’exercices pourra être proposée aux élèves à partir du corpus documentaire.

  1. A l’aide d’un calque et à partir de la carte IGN et de la photographie, l’analyse du site à risque. En identifiant les altitudes et les éléments du site (massif de Bellecôte, face Nord, bassin de réception, chenal d’écoulement, cône de déjection, limites de l’avalanche, hameau, cours d’eau…)

  2. Un tableau de prélèvement d’informations dans les documents pour mettre en regard les conditions (de relief, de climat, sociétales) qui ont favorisé le risque.

  3. Enfin dans un tableau à double entrée, on analysera la position des différents acteurs sociaux (agriculteurs, résidents secondaires, Maire, services de l’Etat chargés de la sécurité) et de leurs stratégies.

Le travail pourra déboucher sur une synthèse, montrant comment l’évolution fonctionnelle du site des Lanches a favorisé l’augmentation du risque lié aux avalanches ou sur un schéma fléché traduisant cette évolution.

A travers cette étude de cas l’élève prend conscience que la notion de risque se situe à l’articulation d’une situation physique et d’un comportement social et traduit souvent une situation de « crise » entre des données naturelles et un comportement sociétal. Ainsi sa responsabilité, sa prise de conscience, en tant que citoyen ne peuvent que s’en trouver renforcées, l’étude de cas montrant bien le rôle et l’action des acteurs sociaux devant les atouts et les contraintes de la nature, situation face à laquelle l’élève peut facilement s’identifier.

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