UN RETOUR AUX TERRITOIRES

Antoine Bailly
Professeur à l'Université de Genève
Directeur scientifique du FIG 1999

 

L'article complet

La mondialisation des pratiques et des goûts

Depuis près de trente ans une société dite de "régulation flexible" se met en place, nous confrontant à un nouveau mode de fonctionnement du monde : société de libre-échange, de juste à temps, de valorisation des avantages comparatifs, exploiter les ressources naturelles, exploiter les ressources humaines - quel terme peu respectueux des êtres humains - tels sont les objectifs majeurs de cette quête d'une meilleure productivité.

Avec quels résultats ? Le système-monde se substitue aux logiques locales et nationales, la culture-monde aux cultures régionales... Faut-il déplorer cette mondialisation des pratiques, des modes et des goûts, comme le font les manifestants de la "mai-bouffe", anti-McDonald,, le symbole de cette mondialisation ? Oui, si une culture axée sur le seul profit remplace des valeurs territonialisées ancrées dans l'histoire des peuples; oui, si le milieu est dégradé suite à l'exploitation brutale des ressources ; oui, si la mauvaise qualité se substitue aux Appellations d'Origine de Qualité... Alors cette substitution est-elle inéluctable, comme l'écrivent les tenants du libéralisme et de l'O.M.C. ?

Entre un système-monde économiquement efficace, mais ne respectant pas l'homme et ses valeurs, générant l'exclusion sociale et spatiale, et des systèmes territoriaux soucieux des sociétés et de leurs environnements. Les géographes ont fait leur choix : valoriser la qualité de vie durable des hommes dans le respect des sociétés et de leurs territoires de vie.

Le XXIème siècle sera géographique

Le XXIème siècle sera celui du retour aux territoires et aux valeurs humaines. Peter Gould nous le disait en 1993 : "Le XXIème siècle sera géographique, la question sera où, plutôt que quand". Il ne s'agit pas d'un nouveau romantisme, mais de respect de la qualité de la vie et de cette terre qui porte l'humanité. Bien différent de la fin du XXème siècle où la pensée unique nous pousse à couper - couper les forêts tropicales, couper dans les budgets pour réduire les services, couper dans la main d'oeuvre pour accroître les bénéfices ... Les géographes nous invitent à agir autrement, à privilégier le qualitatif, le durable, le local ... Ils le disent au Festival International de Géographie, il le disent au World Economic Forum et dans d'autres lieux de réflexion sur la gestion de la planète.

Seraient-ils de nouveaux utopistes ou la mauvaise conscience des gouvernants ? Les géographes sont en avance sur leur temps. Ils enseignent le respect de l'espace et de la terre ; ils nous apprennent à agir dans l'intérêt des hommes et de leurs territoires de vie. Une leçon que n'aurait pas rejetée les grands déodatiens du gymnase vosgien. Une leçon qui nous permet d'aborder avec optimisme le nouveau millénaire, conscients que nous sommes du rôle majeur qu'aura à jouer la géographie dans l'éducation aux nouvelles citoyennetés, celles du local - les territoires de vie - et du global - la planète Terre.

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