POUR UNE ÉDUCATION À L'ENVIRONNEMENT

Annie BAUER et Louis MARROU
 

L'article complet

QU'EST CE QUE L'ÉDUCATION À L'ENVIRONNEMENT

La prise de conscience des problèmes d'environnement à l'échelle planétaire (limitation des ressources, atteintes aux paysages, disparition d'espèces végétales et animales, pollution, nuisances) a d'abord conduit à la mise en œuvre de politiques de protection. Mais les solutions techniques seules montrent des limites : elles ne sont pas forcément acceptées par tous (l'environnement est souvent au centre d'intérêts divergents), souvent partielles et incapables de prendre en compte la dimension éthique liée aux questions d'environnement. C'est pourquoi elles doivent être relayées par une éducation de l'homme à son mileu.


L'éducation environnementale doit permettre "d'acquérir les connaissances, les valeurs, les comportements et les compétences pratiques nécessaires pour participer de façon responsable et efficace à la présentation et à la solution des problèmes de l'environnement et à la gestion de la qualité de l'environnement". C'est dès le milieu des années 1970 que l'UNESCO a proposé ce cadre à l'éducation à l'environnement. Un quart de siècle plus tard, les réalisations sont nombreuses et la charte de qualité de l'éducation environnementale, élaborée collectivement au sein du Groupe Régional Initiation à la Nature et à l'Environnement (GRAINE) de Poitou-Charentes rappelle (art. 10) que "l'éducation environnementale cherche à promouvoir les notions de citoyenneté terrestre et de développement économique durable respectueux des équilibres écologiques".

LES FINALITÉS DE L'ÉDUCATION À L'ENVIRONNEMENT

La qualité de notre environnement n'est pas de la seule responsabilité des gouvernements et des grands traités internationaux mais de l'action permanente de tous. L'éducation à l'environnement s'adresse à tous les publics et combine une double approche. C'est à la fois une éducation pour l'environnement, centrée sur une meilleure prise en compte de l'environnement par un individu "écocitoyen", et une éducation par l'environnement, centrée sur la personne et qui reconnaît l'environnement comme un terrain particulièrement motivant pour l'apprentissage grâce à la confrontation au réel et à la possibilité de mener des actions individuelles ou collectives. En cela, il ne s'agit pas d'une simple instruction mais bien d'une éducation : au-delà des connaissances nécessaires, on vise à acquérir des savoirs-faire et des comportements adaptés pour solutionner des problèmes. Cette éducation à l'environnement associe donc le respect de l'individu et son épanouissement aux équilibres de la nature.

L'environnement doit ainsi devenir l'affaire de tous et non plus seulement celle des experts.

En Poitou-Charentes, l'Institut de formation et de recherche en éducation à l'environnement (Ifrée) s'efforce de travailler dans ce sens en développant des formations appropriées au profit d'un public très varié de "médiateurs" de l'environnement (formateurs, élus, professionnels de l'environnement, agents des collectivités locales...) mais aussi en touchant le grand public à travers un outil tout à fait original : le Naturalibus.

Un exemple : le Naturalibus en Poitou-Charentes

Avec son car de 30 places et son chapiteau de 60 m2, le Naturalibus, outil de sensibilisation à l'environnement et de développement local, sillonne les routes de la région à la rencontre des publics les plus variés. Avec son premier "module" sur les déchets, il propose à chacun de s'interroger sur son implication dans la production globale de déchets de la société, informe sur les dispositifs qui se mettent en place pour leur gestion et met en lumière le poids des actions individuelles ou collectives, directes ou indirectes dans cette question. C'est aussi l'occasion de recueillir les réactions du public la question, et, très souvent, sur le dispositif local (insuffisances, incompréhensions). Il s'agit d'introduire un peu de dialogue voire de "démocratie participative" dans des problématiques où l'on sait que les solutions ne sont jamais uniques et données d'avance mais qu'elles se construisent au jour le jour pour chaque cas particulier. Le Naturalibus proposera bientôt un nouveau module sur "les paysages du Poitou-Charentes" et prépare celui sur "l'air" pour début 2001.


PENSER À L'ÉCHELLE MONDIALE, AGIR À L'ÉCHELLE LOCALE

Penser globalement c'est percevoir la terre comme un système complexe et fini pour envisager un développement compatible avec l'environnement, basé sur l'individu, et non sur la production. Agir localement c'est s'intéresser à son environnement quotidien, avec l'ensemble de ses spécificités (historiques, culturelles...) et ses problématiques propres. Tout comme l'adaptation des solutions au contexte local, la mise en perspective à un niveau global est toujours nécessaire : on ne résoud pas un problème de gestion des déchets ou de pollution en le déplaçant sur la commune, le pays ou le continent d'à côté. La prise de conscience du caractère global et transfrontalier de nombre de problèmes d'environnement est essentielle mais comporte un risque certain : on se sent facilement dépassé et impuissant devant l'ampleur et la complexité des phénomènes en jeu. Il s'agit donc de décliner leur prise en compte aux niveaux d'intervention de chacun et de réfléchir aux modalités d'action sur la base des incertitudes de nos savoirs (dimension éthique, principe de précaution).

 

DE L'ÉTUDE DU MILIEU À L'ÉDUCATION À L'ENVIRONNEMENT QUOTIDIEN ET À LA TERRITOYENNETÉ

(adapté de Henri LABBE, CTP-DRDJS, 1997)

 

 

Les années 1960 ....

L'étude du milieu : j'étudie ce qui

m'entoure - sociétés savantes et cercles naturalistes


Les explorateurs

- scoutisme et plein air

- des instituteurs (Freinet)

- associations d'éducation populaire

- associations de protection de la nature

 

Les années 1970 ....

Les animateurs nature,scientifique historique : je me passionne et découvre par secteurs ; je protège

Les inventeurs

- associations spécialisées ou généralistes

- éveil, 10%, classe transplantée

- parcs nationaux et régionaux, écomusée,centre permanent d'initiation à l'environnement

 

Les années 1980 ....

L'éducation à l'environnement

(PAR et POUR) : j'échange, je travaille avec ; je communique, je valorise.

Les rassembleurs


- les réseaux se développent : science nature, patrimoine ... école et Nature à Pont l'Abbé (1983), puis Toulouse

- concours et journées évenementielles

- centre de ressources, contrats et labels

 

Les années 1990 L'écocitoyenneté : je veux participer; je peux agir sur mon cadre de vie ...

Les acteurs

- reconnaissance de fonctions et de métiers nouveaux (professionnalisation, diplôme)

- enjeux et problématiques (mondiales et locales) : développement durable, mieux vivre la ville, santé, consommation et déchets, les patrimoines, l'eau

- partenariat et fondation

 

 

Les années 2000 : la géocitoyenneté, la territoyenneté

 


LES GÉOGRAPHES ET L'EDUCATION À L'ENVIRONNEMENT

À la fin des années 1960, les géographes, tout occupés à des querelles internes entre les tenants de la géographie classique et ceux de la "nouvelle géographie" ont, sans aucun doute, raté le train de l'écologie. Le champ libre a été laissé aux biologistes et rapidement de nouveaux spécialistes se sont imposés (écologues, environnementalistes, etc.). La prise en compte des questions d'environnement dans les programmes d'enseignement du secondaire est aujourd'hui une occasion de s'investir davantage sur le terrain de l'éducation à l'environnement. Les géographes, par l'attention portée aux paysages et au milieu, leur capacité à analyser les relations entre nature et société et leur aptitude à jongler avec les échelles montrent de réelles aptitudes aux problématiques environnementalistes.

Leur contribution à la réflexion est évidente autour des deux questions désormais indissociables "Quelle planète allons-nous laisser à nos enfants ?" et "Quels enfants allons-nous laisser à notre planète ?" (d'après Sauvé, 1997).

Bibliographie


CLARY Maryse et GIOlitto Pierre, Profession enseignant - éduquer à l'environnement, Paris, Hachette éducation, 1994, 375 p.

DELEAGE Jean-Paul, Histoire de l'écologie - une science de l'homme et de la nature, Paris, La découverte, 1992, 330 p.

DE ROSNAY Joël, Le macroscope - Vers une vision globale, Paris, éd. du Seuil, coll. Points Essais, 1975, 346 p.

Réseau école et Nature, Guide pratique d’éducation à l’environnement – monter son projet, Lyon, Chronique sociale, mai 1999, 355 p.

SAUVé Lucie, Pour une éducation relative à l’environnement, Montréal, Guérin, 2e édition, le défi éducatif collection, 1997, 361 p.


Annie Bauer est environnementaliste. Chargée de mission à l'Institut de formation et de recherche en éducation à l'environnement (Ifrée), elle assure notamment le suivi du projet de Naturalibus en Poitou-Charentes.

Contact : ifree@educ-envir.org http://www.educ-envir.org/ifree

Louis Marrou est géographe. Il enseigne à l'Université de La Rochelle dans le domaine de la géographie appliquée (développement local, patrimoine). Ces recherches portent sur le monde lusophone et en particulier l'organisation de l'espace dans l'archipel des Açores. Contact : lmarrou@univ-lr.fr

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