PRIX PTOLÉMÉE 99 :
Jean CHESNEAUX, L'ART DU VOYAGE
(BAYARD ÉDITIONS)

Armand FRÉMONT
Président du prix Ptolémée de géographie

 

L'article complet

Le prix Ptolémée de géographie 1999 a été attribué à Jean Chesneaux pour son livre « l'art du voyage » paru aux Editions Bayard. On pourrait y joindre ses « Carnets de Chine, 1988, 1995, 1998 » sortis en même temps aux éditions de la Quinzaine littéraire - Louis Vuitton. Jean Chesneaux est bien connu comme historien de la Chine et du Pacifique. C'est aussi un militant qui s'est passionné et s'est engagé pour de multiples causes, notamment dans le sillage de la Chine maoïste. Il est actuellement président en France de « Greenpeace International ». Mais ce n'est pas pour cette raison que le jury du prix Ptolémée a unanimement retenu son dernier livre, même si ces dimensions ne sont jamais absentes de l' « art du voyage ». Ce livre, en effet, écrit par un historien et par un grand voyageur, est aussi un fort beau livre de géographie... Chesneaux voyage et aime voyager, comme un géographe doit ou devrait le faire, c'est à dire en sachant découvrir, observer, décrire... Il n'est peut-être plus tout à fait de notre siècle. Il pratique le taxi de brousse et l'hôtel rustique aussi volontiers, et sans doute même plus, que les pistes et les vols de la « jet society ». Il s'inscrit plutôt dans la lignée des géographes - voyageurs du XVIII' et du XIX' siècle qui couraient le monde en traquant les terres inconnues, avides d'une rencontre avec de nouveaux peuples, curieux d'observer une flore ou une faune inconnue, si ce n’est des habitants eux mêmes, avec un parfum d'aventure en sus... Infatigable, il a tout vu, tout parcouru, et tout passionnément aimé, comme tous ceux qui ont attrapé à jamais le virus du voyage et de l'ailleurs. Ce vieux monsieur rieur, et gentil baroudeur semble avoir passé sa vie dans les villages de Chine ou de l'Inde, sur les routes ou sous les gratte-ciel d'Amérique, en Afrique, dans le Pacifique, en Australie, comme si la planète entière le concernait personnellement. En citoyen du monde, l'œil vif, la critique aux lèvres et la générosité en poche. Mais toutes ces qualités seraient banales si elles ne devaient servir qu'un beau livre d'images ou au contraire une thèse argumentée mais pesante, si Jean Chesneaux ne s'adressait qu'aux consommateurs de l'espace plastifié ou, de façon plus austère, à la seule république des savants. Il n'est ni ceci ni cela, même s'il pourrait sur leur terrain même s'adresser aux uns et aux autres, jamais à court qu'il n'est d'une image flatteuse ou d'un argument solidement étayé. Le voyage, nous dit Chesneaux, vaut mieux que ces fadaises ou que ces théories trop étroitement construites... C'est une pratique, un cheminement, le sens du temps autant que de l'espace, une histoire mêlée à des territoires, une forme de parcours en politique et, en définitive, une philosophie : la difficile et passionnante quête des autres, entre le proche et l'inconnu, entre l'universel et le singulier, un sens de la fraternité et de l'altérité, et, au bout du chemin, sans doute la quête impossible de soi-même. Jean Chesneaux n'invite pas à parcourir les routes des voyages savamment ou commercialement organisés. C'est un découvreur du visible et de l'invisible. C'est un géographe comme on les aime.

Armand Frémont, professeur de géographie, ancien recteur des académies de Grenoble et de Versailles, est actuellement président du conseil scientifique de la DATAR. Dernier livre paru « la région. espace vécu ». réédition. collection Champs. Flammarion. 1999.

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