LA PRISE EN COMPTE DES AMÉNAGEMENTS PASSÉS DANS LES ACTUELLES GESTIONS FORESTIÈRES.

Jean-Pierre HUSSON

Professeur à Nancy 2. Les devenirs pluriels des forêts

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L'article complet

Pour une pari importante des processus possibles, ils sont le résultat des types de scénarios choisis par les aménagistes. Dans les actuelles orientations ou bifurcations retenues, le discours dominant plaide en faveur de l'établissement de modèles durables, c'est à dire de choix visant à pérenniser, à augmenter le volume qualitatif sur pied du bois par la construction d'architectures étagées, biodiversifiées et à phytosociologie complexe donnant des forêts aptes à résister aux agressions anthropiques, aux risques de chablis, aux endémies qui peuvent se propager en épidémie. Dans des équations très variées, le devenir arrêté résulte de l'alchimie de multiples paramètres dont les plus importants sont l'investissement consenti, la taille et la nature de la propriété, la cohérence et le suivi sur le long terme des décisions prises. En fait. Ces dernières s'inscrivent dans un continuum entre les passés, les états ante empilés, sédimentés faits de continuité, d'accélération, de successions,, de ruptures, de stress et l'actuel, voire des projections sur des futurs dont notre société ne peut évaluer les besoins tant le décalage est grand par rapport à la référence du rythme physiologique d'un arbre.

Ce dernier est étudié dans le cadre de sa révolution (dans le temps décidé par le forestier pour réaliser une bille de bois exploitable après que l'arbre ait pu se régénérer, soit d'ordinaire 120 ans pour le hêtre ou 160 à 180 ans pour le chêne) ou en retenant sur des sites circonscrits (forêts désormais peu anthropisées, forêts supports à des expérimentations scientifiques, forêt-habitat pour des espèces très rares. protégées) un pas de temps élargi autorisant la croissance de sur-réserves plus vieilles que l'âge de la révolution, voire d'arbres dépérissants, secs sur pied, tombés, produisant de la nécromasse support à la réintroduction sur un site d'une cohérence élargie de la biocénose.

Les passés empilés des aménagements, des marqueurs paysagers à prendre en compte

La forêt est très largement un produit de l'histoire.

Les aménagements actuels qui traduisent des projections sur un moyen terme raccourci (15 ans contre 2-5 ans précédemment) nécessitent, dans une perspective de long terme et de prise en compte des cycles sylvicoles pluriséculaires définis par des alternances d'espèces, de bien comprendre les articulations des passés successifs reliés à l'actuel ambitionnant la multifonctionnalité des forêts. Il s'agit de la démarche de la géographie historique tissant les liens et ruptures entre l'actuel et différents passés et ponctuellement de l'approche en géohistoire qui tente par la quête archivistique secondée par le recours aux sciences exactes (palynologie, anthracologie - analyse des charbons de bois reliques - , dendrochronologie - étude des cernes de croissance des arbres de restituer des paysages forestiers passés, disparus ou largement gommés, (palimpseste), au mieux aujourd'hui conservés par des souvenirs ténus. Ces paysages étaient ceux d'une forêt usagère, indivise, nourricière placée en périphérie d'agrosystèmes largement autarciques imprimant à la forêt une dynamique spatiale régressive ou conquérante au gré des évolutions démographiques vécues.

Traces détectées en géohistoire et surtout continuum et ruptures constatées dans les fresques bâties à partir de l'analyse régressive nous informent sur les paysages et les organisations forestières appréciées en terme d'enrichissement ou à l'inverse d'appauvrissement- d'alternance,- de remplacement des essences par rapport aux données stationnaires potentielles. Les aménagements successifs témoins des stades d'évolutions techniques atteints, des choix de sociétés retenus, des décisions politiques arrêtées imposent dans les démarches monographiques d'être des " passeurs de frontières ".

Bibliographie

Corvol A.

L'homme et l'arbre sous ]'Ancien Régime.
Paris, Economica, 1984, 756 p
L'homme au bois, histoire des relations de l'homme et de la forêt (XVII XX° siècles).
Paris, Fayard, 1987, 585p

Husson J-P

Les paysages anciens de la forêt domaniale de Gérardmer, contribution patrimoniale à
la révision d'aménagement.
Nancy, Revue forestière française, 1997, 5, p 469-476

Husson J-P

L'aménagement forestier entre conjoncture et temps long, rupture et continuité
Degron R Paris, Annales de géographie, 1999, sous presse

Biograhie
J-Pierre Husson est professeur de géographie à I'université de Nancy 2. Il travaille sur les paysages, les équilibres et la qualité des espaces agro-sylvo-pastoraux français et de l'Europe médiane.

Document 1 Approche dans des temps emboîtés des paysages forestiers

 

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