LES MONTAGNES DU MONDE,
RESSOURCES POUR UNE POPULATION MONDIALE DE DEMAIN


Bruno MESSERLI

 

L'article complet

Introduction

Pour la journée mondiale de l’environnement, le 5 juin 1999, Mr. Kofi A.Annan, Secrétaire Général des Nations Unies, a déclaré - quelques mois avant le FIG – dans un message qui concerne aussi les ressources des montagnes du monde :

« Il faut que nous comprenions que les richesses humaines et le développement économique dépendent finalement des ressources de la Terre et qu’il n’y a qu’une seule Terre. Nous devons admettre notre interdépendance et reconnaître qu’à la longue, le manque de ressources en eau, la réduction de la biodiversité, la destruction des écosystèmes et les changements climatiques pourraient avoir des conséquences désastreuses pour nous tous, là où nous vivons. Cela signifie que la responsabilité, la justice et la solidarité sont aussi essentielles dans le domaine de l’environnement que dans le domaine social et économique. »

Les principales ressources des montagnes du monde

Sans discuter des problèmes fondamentaux de l’agriculture et des forêts, nous nous concentrons sur les trois types suivants de ressources (Messerli and Ives 1997) :

L’eau : Une analyse hydrologique des différentes montagnes du monde nous montre que dans les zones tempérées 30-60% du débit utilisable vient des montagnes, bien que dans les zones arides et semi-arides ce sont même 60-100% (p.ex. le bassin du lac Aral : l’eau vient du Pamir et de Tien Shan, dans les pays bas désertiques le bilan hydrologique est même négatif). Si l’on considère les zones tropicales humides, où les précipitations augmentent à plus de 1,5 m dans les pays bas, les montagnes ne jouent plus le rôle important comme château d’eau, mais elles jouent le rôle fondamental pour le transport de matériel. Par exemple l’Amazone reçoit seulement 10% de son débit total des Andes, mais 80% des sédiments viennent des Andes.

Dans ce sens, les montagnes sont à l’origine d’une grande partie des ressources mondiales en eau et en sédiments. Mais, du point de vue hydrologique, nos connaissances scientifiques, surtout dans les montagnes tropicales, sont absolument insuffisantes (Mountain Agenda 1998).

La biodiversité : Les nouvelles cartes de la biodiversité mondiale nous montrent bien la haute signification des montagnes pour la conservation de la biodiversité. Mais la biodiversité, ressource fondamentale pour notre futur, n’est pas seulement une affaire biologique. Au contraire, la biodiversité – conservée ou utilisée – est fondamentalement liée à des normes sociales et à des valeurs économiques, à la définition des droits de propriété, à des questions d’éthique et d’éducation pour les enfants et les adultes, mais bien sûr aussi à tous les aspects de la biologie.

Le tourisme : On estime le chiffre d’affaire global annuel à plus de 440 milliards de $, une somme qui dépasse le produit national brut des 55 pays les plus pauvres. Avec plus de 260 millions d’emplois, cela équivaut à environ un dixième de la main-d’oeuvre mondiale. On estime que les montagnes participent avec un quart, cela veut dire 110 milliards de $ par an, dans cet industrie rapidement croissante avec 4,4% au courant des 10 dernières années (Mountain Agenda 1999).

Sans discuter tous les aspects économiques, écologiques et sociaux du tourisme, il faut noter qu’il existe des types de tourisme très différents avec un impact économique et écologique aussi très différent : par exemple dans l’Himalaya Garwhal on compte 9,3 millions de pèlerins par an et dans le lieu saint de Badrinath 450.000 pèlerins seulement dans les quelques mois d’été.

La dimension humaine

La recherche sur les ressources demande un engagement des sciences naturelles et sociales, de la géographie physique et humaine, parce que :

  • les ressources d’eau ne sont pas seulement une question hydrologique, mais bien une question de distribution pour une population croissante et pour un besoin en alimentation constamment augmentant.

  • la biodiversité est la ressource fondamentale pour les futures générations, du pool génétique à la biotechnologie et des écosystèmes à la diversité des paysages.

  • les espaces de délassement jouent un rôle de plus en plus important dans un monde toujours plus urbanisé.

Pourtant, la conservation et l’administration de ces ressources ne sont possibles qu’à une condition :

Il faut une population active et initiative vivant dans les montagnes, dans un cadre économique vivable. Ses expériences permettent de prendre la responsabilité pour un développement durable à long terme.

L’avenir de la recherche en montagnes

Les points suivants, fortement simplifiés et généralisés, seront indispensables pour la recherche dans les montagnes du monde :

  • Les montagnes comme indicateurs des changements du climat et de l’environnement et leur importance pour les ressources, les risques naturels et les habitants.

  • Les ressources des montagnes (échelle locale, nationale et globale)

  • Les dimensions culturelles, environnementales, économiques et politiques (échelle locale, nationale et régionale).

Finalement : L’engagement de la géographie et l’interaction entre les sciences naturelles et sociales.

Bibliographie

  • Messerli, B. and Ives, J. (Eds.), 1997 : Mountains of the World. A Global Priority. Parthenon, New York, London : 495p.

  • Mountain Agenda, 1998 : Mountains of the World. Water Towers for the 21st Century. Inst. of Geography, University of Bern :32p.

  • Mountain Agenda, 1999 : Mountains of the World. Tourism and Sustainable Mountain Development. Inst. of Geography, University of Bern :48p.

Biographie de l’auteur

Bruno Messerli, 1931, Suisse, Prof. Dr. phil, Institut de Géographie, Université de Berne

Directeur de l’Institut 1978, Recteur de l ‘Université 1986, Président de l’Union Géographique Internationale 1996.

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