NATURE ET ARTIFICIALISATION DANS LA BAIE DU MONT SAINT-MICHEL À PARTIR DE DEUX IMAGES SPOT

Fernand VERGER

Professeur émérite, école Normale Supérieure Ulm 

Résumé par Christophe Clavel

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Le Mont saint-Michel menacé d’envasement.


Chacun sait aujourd’hui que le Mont Saint-Michel, autrefois une île, aujourd’hui presqu’île, est menacé par l’envasement qui détruirait le caractère exceptionnel du site.

Pourtant, le colmatage de la baie du Mont-Saint-Michel s’inscrit dans l’évolution naturelle. Les sédiments s’y sont déposés depuis quelques millénaires, formant le marais de Dol. L’ancien îlot du Mont-Dol, une vingtaine de km à l’ouest, fut ainsi fossilisé à l’intérieur des terres.



1 Les interventions humaines ont accéléré l’envasement.


Le mouvement naturel fut d’ailleurs artificiellement accéléré pendant les deux siècles, de 1769 à 1969. Ces deux siècles virent toute une succession de travaux destinés à accroître les terres agricoles et favorisant la sédimentation (voir images satellitaires et leurs incrustations) :


  • En 1863, le Couesnon, dont l’embouchure se trouvait nettement à l’ouest du Mont, fut dérivé et canalisé à son emplacement actuel, c’est-à-dire en direction du Mont.

  • A l’ouest, les étendues que ne balayait plus le Couesnon canalisé furent progressivement transformées en polders.

  • A l’est, une digue submersible fut édifiée en 1860 entre la Roche Torin et le Mont ; les petits cours d’eau de la Guintre et du Pont-Landais furent détournés en 1879 et 1884.

  • En 1878-1879, une digue insubmersible longue de près de deux kilomètres fut construite, afin de permettre l’accès au Mont, même lors des pleines mers de vives-eaux.

  • Enfin, le barrage de la Caserne fut construit sur le Couesnon en 1968-1969, afin de favoriser le drainage des marais riverains du Couesnon.


La poursuite jusqu’en 1969 des constructions favorables au colmatage a contribué à favoriser le mouvement naturel de progression des schorres, dont l’extension actuelle apparaît bien sur l’image Spot.

 

2 Les interventions humaines contre l’envasement.


Face à cette évolution, l’opinion demande de façon de plus en plus pressante la sauvegarde du caractère maritime du Mont-Saint-Michel.

 

  • Une première opération concrète a été l’arasement de la digue submersible de la Roche-Torin en 1983.

  • Un projet de sauvegarde du caractère maritime du Mont-Saint-Michel fut arrêté le 28 mars 1995. Objectif : rétablir et maintenir un environnement naturel et mouvant d’eaux et de grèves dans un espace suffisant autour du Mont. Pour cela, il faut enrayer la progression des schorres aussi bien à l’ouest qu’à l’est du Couesnon et rendre à la marée l’espace entourant le Mont. Cette opération doit s’accompagner d’une requalification du site lui-même du Mont-Saint-Michel par l’éloignement des parcs de stationnement et par le dégagement des remparts sur lesquels la digue - route actuelle s’appuie.

  • On prévoit d’utiliser le cours aval du Couesnon canalisé, comme un bassin de chasse qui utilisera non seulement le débit du fleuve mais encore un certain volume d’eau de mer introduit à marée haute pour provoquer des chasses pouvant atteindre 1,7 million de mètres cubes. Un nouveau barrage remplacera l’ancien et permettra la division du cours intertidal du Couesnon en deux branche qui, enserrant le Mont, lui conserveront son insularité et empêcheront que les schorres ne le rejoignent.


C’est ainsi que, pour le colmatage comme pour le maintien du caractère maritime du Mont-Saint-Michel, l’action de l’homme se combine aux mouvements naturels et qu’une certaine artificialisation, avec des finalités qui peuvent être opposées, apparaît dans les paysages de la baie du Mont-Saint-Michel.


3 Le rôle des images satellitaires.


Par leur répétitivité et leur caractère synoptique, les images satellitaires ont constitué de précieux documents pour la modélisation lors de l’établissement du projet et fourniront un suivi de l’évolution nécessaire à la bonne gestion du nouveau barrage.


Les images suivantes ont été juxtaposées, pour faciliter leur comparaison.


1ère image, 1992. L’image, prise à marée basse, montre Tombelaine, petit îlot au milieu des tanguaies, le cours canalisé du Couesnon rectiligne et prolongé par le cours sinueux du Couesnon intertidal. Ce cours laisse alors le Mont sur sa rive droite. Les prés salés ont progressé au sud-ouest comme au sud-est du Mont.


2ème image, 1999. Cette image, prise à marée basse comme la précédente, montre la progression depuis 1992 des schorres à l’ouest du Mont, ainsi que le déplacement important du cours du Couesnon qui entoure alors presque complètement le Mont-Saint-Michel.


Image SPOT de 1992. © CNES

Image SPOT de 1999. © CNES.

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