LA NATURE, ENJEU DE SOCIÉ
À l'ÉCOLE DE LA FORÊT :
UNE APPROCHE NOVATRICE
DE LA CITOYENNETÉ

Roger LESCOP

 

L'article complet

SILVA : arbres, forêts et sociétés

Si je m’adresse à vous aujourd’hui c’est en tant que Vice-Président de l’association SILVA, arbres, forêts et sociétés, déjà cet affichage vous situe le champ d’action de cette association dont l’activité se situe en métropole mais aussi en zone tropicale en particulier africaine. Son objectif est de mettre en évidence et faire valoir les rôles divers des forêts afin de contribuer à assurer leur utilisation durable et respectueuse par les hommes et par là même leur sauvegarde pour l’avenir.

Mais, ce qui m’autorise à participer à ce débat aujourd’hui est principalement ma participation , entre 94 et 97 à l’opération “ à l’école de la forêt ”, en effet, pendant ces trois années et au titre de chargé de mission pour les deux ministères, éducation nationale et agriculture, j’ai tenté de faire vivre et d’animer cette opération. Je crois utile de vous en dire quelques mots car elle est au cœur de ce qui nous rassemble ce soir.


A L’ECOLE DE LA FORET ou L’ENFANT ET LE VEGETAL

C’est en 90 que les deux ministères concernés ont eu l’idée de promouvoir la forêt comme support d’éducation à l’environnement, . Dès le départ, les Forestiers ont adhéré à cette idée et sont devenus des partenaires actifs, je citerai entre autre, mais ils ne sont pas les seuls, l’Office National des Forêts. Cet organisme a mis à la disposition de “ à l’école de la forêt ” la compétence et le réseau de ses agents.

Pierre Giolitto, inspecteur général de l’éducation nationale définissait alors ainsi les objectifs de l’éducation à l’environnement :

- inciter les jeunes citoyens de demain à gérer efficacement leur environnement.

- leur fournir les moyens intellectuels pour ce faire(connaissances, concept).

- faire naître chez eux des attitudes et des comportements positifs à l’égard de l’environnement.

- les conduire à partager un certain nombre de valeurs fondamentales : respect de la vie ,tolérance, responsabilité, solidarité des hommes dans l’espace et dans le temps.


LE FORESTIER, L’ENFANT ET L’AVENIR

Dans son édition du 30 juin 94 le Bulletin officiel de l’éducation nationale demandait de faire découvrir aux élèves la complexité des situations et des enjeux de la vie publique et ainsi de concourir à participer à la formation de citoyens éclairés.

Les Forestiers, pour leur part, confrontés à de multiples pressions, insistaient pour que la gestion forestière soit considérée comme une absolue nécessité pour l’état forestier et surtout non contraire à sa pérennité et à sa diversité. Partant de ce concept, ils demandaient “ à l’école de la forêt ” de bien faire passer le message déclarant que la forêt gérée était multifonctionnelle donc propre à répondre aux différentes attentes de nos concitoyens.


LA NATURE EST BIEN UN ENJEU DE NOTRE SOCIETE

Les interactions permanentes entre les différentes composantes du milieu étudié, en disent bien toute la complexité et la nécessité d’une approche systémique. De même, la constante évolution de ce milieu doit en permanence être rappelée afin de le situer dans le temps et en rappeler ainsi l’ensemble de son histoire.

Le végétal, l’arbre, la forêt, les diverses communautés d’arbres sont des outils pédagogiques merveilleux, leur permanence, leur disponibilité, leur diversité, leur proximité en font des supports et des lieux-ressources riches et de qualité. L’arbre est multiple et divers, selon son tempérament et ses exigences, il sera social ou disséminé, c’est à dire qu’il acceptera ou non ses congénères. La concurrence de son ou de ses voisins le laissera prospérer ou au contraire souffrir, s’étioler et parfois mourir. L’observation de l’enfant, la réaction du groupe, cela dans un projet pédagogique en déroulement, amènera évidemment à des rapprochements évidents. L'arbre libre, isolé dans son espace aura une forme, une taille, une envergure bien différentes que la forme, la taille ou l’envergure de l’arbre forestier soumis lui à une multitude de contraintes ou peut-être simplement les contraintes seront-elles différentes ? Il ne sera pas possible d’aller beaucoup plus loin dans cette voie car l’arbre est passif et n’a par le fait que peu d’action sur son devenir !

En 1791, la toute fraîche constitution de la République française classait les citoyens en actifs et passifs : actifs les possédants, les assujettis à l’impôt, les instruits ; passifs les autres, les démunis économiques et intellectuels, les non-redevables de l’impôt, le classement était celui de l’instant, du moment, l’arbre, lui sera toujours tributaire de son enracinement ou de la volonté et du travail des hommes !

Il ne faut pas que devant la nature il y ait aussi des citoyens actifs ou passifs, nous savons bien ce que la passivité engendre en terme de comportement soit en direction de la nature soit en direction des acteurs de la nature.


L’HOMME DE DEMAIN SERA RESPECTUEUX DE LA NATURE OU ALORS ?

L’arbre et l’homme, l’homme et l’arbre, une vieille complicité faite de bien d’aléas !L’homme peut-être nuisible à l’arbre, l’arbre peut être blessé et malade de l’homme, sa tolérance aux mauvaises actions de l’homme le concernant n’est pas infini et nous connaissons tous de ces arbres porteurs de multiples stigmates et allant vers la mort. Les actes humains ne sont jamais gratuits pour l’arbre, il peut en bénéficier comme il peut en mourir. L’enfant, qu’il soit des villes ou des champs est sensible à son environnement quotidien, tout manquement, toute absence l’interroge : l’arbre du square ou de la place du village qui disparaissent lui poseront question. Le Maître pourra aborder alors le thème de l’acte citoyen et de la responsabilité collective et individuelle.


CONCEVOIR, BATIR ET MENER ENSEMBLE UN PROJET  “ A L’ECOLE DE LA FORET ”

Le cœur de “ à l’école de la forêt ” est bien le projet. Le projet de la classe, de l’école, du groupement scolaire et parfois de la circonscription comme c’est le cas dans le département qui nous accueille aujourd’hui qui travaille bien et depuis longtemps dans l’esprit de “ à l’école de la forêt ”. C’est avec le projet que l’enseignant et les élèves vont bâtir la progression visant à acquérir des connaissances mais aussi des comportements citoyens. C’est aussi dans cette phase projet que vont se bâtir les partenariats. Le groupe classe sera confronté à des recherches de lieux-ressources : square, jardins publics, jardins ou parcs de collectivités, bois, parcelles forestières etc. pour mener à bien le projet. Cette recherche de lieux-ressources amènera bien évidemment à se poser la question de Responsables de ces lieux-ressources :propriétaire, gestionnaire,professionnels divers, personnels d’entretien etc. Cette phase recherche de partenaires est essentielle car elle apprend à l’enfant que c’est par l’addition des compétences et des situations qu’il donnera au projet de sa classe l’ampleur et la qualité. Bien évidemment, nous sommes là au centre de la citoyenneté et la concitoyenneté. L’enfant devra avec son groupe-classe et son Maître définir clairement le rôle de chaque partenaire qui par le fait deviendra responsable d’une partie du projet et ce, dans les règles du Droit et du respect des libertés individuelles et collectives. De cette démarche, l’enfant retiendra aussi la complémentarité dans l’effort, la richesse du groupe.

Un autre aspect pouvant être abordé, c’est celui de l’environnement quotidien de l’enfant, que cet enfant soit des villes ou des champs, il s’approprie peu ou prou son paysage, aussi s’interrogera-t-il si celui-ci subit des modifications brutales. Cela est vrai en particulier pour tout ce qui touche au végétal, nous connaissons les vives réactions provoquées par l’élimination d’arbre ou de groupe d’arbres. Les décisions ayant amené à ces actes pourront être abordées avec la classe.


LE TEMPS DE L’ARBRE ET LE RESPECT DES HOMMES :

Je voudrais terminer par un aspect qui n’est pas ou peu présent dans l’imaginaire de l’enfant, c’est celui du temps, non pas du temps qu’il fait bien évidemment mais du temps qui passe. Le temps de l’homme et celui de l’arbre n’ont pas même poids et même consistance.

Le gestionnaire forestier a comme outil principal : le temps. C’est en l’utilisant au mieux qu’il donnera à sa forêt l’apparence, la qualité et la santé.C’est en jouant du temps et de l’espace qu’il atteindra cet objectif si présent dans notre quotidien qu’est celui de la gestion durable. Il faut que l’enfant soit sensibiliser à cette notion de temps et les enseignants savent bien utiliser les comparaisons de croissance entre l’homme et l’arbre. Le temps aussi est un élément da citoyenneté, il fera comprendre à l’enfant que l’arbre et la forêt si statiques à ces yeux sont le fruit de la conjonction du temps et du savoir-faire des hommes et que tout geste inconsidéré peut devenir lourd de conséquence pour l’avenir d’une si longue patience.

Joël de ROSNAY disait lors d’un congrès des enseignants des écoles maternelles en 94, congrès dont le thème était “ Enfants, citoyens de la planète ” :Le nouvel ecocitoyen doit mieux comprendre comment situer et insérer son action locale dans un ensemble global : celui des grandes fonctions du métabolisme planétaire. Il s’agit aujourd’hui de l’aider à passer de l’émotion à la responsabilité grâce à une culture scientifique et technique permettant de relier des éléments épars reçus par l’éducation et les médias ”

Je vous remercie de votre attention.

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