LES PARCS NATIONAUX MARINS, UN TYPE DE PROTECTION RÉCENTE DE CERTAINS GRANDS ESPACES NATURELS.

Hélène MARCHAND

 

L'article complet

Le milieu océanique est extrêmement vaste puisqu'il représente 71 % de la surface du globe, avec des profondeurs moyennes de 3 800 m. Il ne peut se dissocier du littoral dont il dépend. Ce dernier constitue d'ailleurs une zone riche où de multiples sociétés et activités s'entrecroisent. Les populations prennent de plus en plus conscience des enjeux politiques, économiques et environnementaux qui pèsent sur l'espace marin et côtier. Les événements récents le prouvent. Pour préserver cet écosystème si particulier, les gouvernements tendent à développer un réseau d'espaces protégés qui s'étend sur le domaine marin. Les parcs nationaux marins* en font partie. Leur augmentation participe à cette nécessité.


* Le terme de parc national marin est utilisé par simplification car il n'existe que de très rares parcs entièrement marins. Ils comprennent une partie côtière et/ou une partie insulaire. Nous devrions davantage dire qu'il s'agit de parcs marins, insulaires ou littoraux.


L'EVOLUTION DES PARCS MARINS


La date de création du premier parc marin est controversée. Quoi qu'il en soit, en 1925 naît le Glacier Bay National Monument en Alaska, mais, à cette époque, il est peu probable que l'environnement marin soit efficacement protégé. Les années 1960 et 1970 voient une forte augmentation des parcs marins.

Aujourd'hui, les parcs marins ayant le statut de "parc national" sont peu nombreux. En 1990, UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) recense 1392 parcs nationaux représentant 20 % des aires terrestres protégées. La liste de l'UICN n'individualise malheureusement pas, ou peu, les parcs nationaux marins. Remarquons, malgré cela, qu'au fils des années, les pays déclarent de plus en plus l'extension en mer d'un parc.

Récemment, un important travail au niveau international a été réalisé pour identifier toutes les aires marines à travers le monde. Le nombre des Aires Marines Protégées (MPAs) est aujourd'hui de 1306 (en 1970 elles n'étaient que 118). Désormais, l'objectif est de développer et d'implanter des projets nationaux et régionaux. Ces aires marines ont des statuts variés : réserves, parcs régionaux... et bien sûr, parcs nationaux.

Ce document, ainsi que les multiples conférences qui se déroulent, montrent que les aires marines doivent être gérées différemment des aires terrestres, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Il faut dire que la création et la gestion de ce type d'espace est récente. De plus, nous n'avons pas de parc marin en pleine mer mais certains sont limitrophes ou comprennent le littoral ou des îles. L'avenir des parcs nationaux sera peut-être justement dans des eaux plus profondes. Déjà, certains pays ont développé une politique spécifique pour la création de parcs nationaux marins. Par exemple, le Canada développe la création d'Aires Marines Nationales de Conservation (AMNC). Cette politique en est à ses débuts mais est prometteuse.

L'avenir de ce type de parc semble garanti. En France, nous ne possédons qu'un seul parc national marin, celui de Port-Cros en Méditerranée, en face de Toulon. Mais, sur les trois projets en cours, deux sont en mer sur de plus vastes surfaces : celui du parc national marin de la mer d'Iroise et celui de Corse.


QUELQUES DIFFERENCES ENTRE LES PARCS NATIONAUX MARINS ET LES PARCS NATIONAUX TERRESTRES


Globalement, les parcs terrestres ont une politique plus développée due à leur ancienneté. Leur gestion devient donc plus aisée, aidée par une meilleure connaissance du milieu terrestre. Les recherches marines sont également plus coûteuses !

La nature des écosystèmes marins est originale car ces systèmes sont ouverts, vastes et dynamiques, et de nombreux procédés écologiques importants y connaissent un rythme d'évolution plutôt rapide. Plusieurs espèces d'animaux migrent pour leurs besoins alimentaires ou leur cycle reproductif. A l'inverse, dans les parcs terrestres, les composantes sont essentiellement fixes dans l'espace et le rythme d'évolution est plutôt lent. Les préoccupations concernant le milieu marin tendent ainsi à s'accroître et cela d'autant plus que les activités humaines y ont des effets plus violents que sur le milieu terrestre. Ces parcs sont affectés directement par les activités maritimes internationales. La pollution peut y être dévastatrice. La surpêche internationale concerne directement les parcs marins qui sont, là aussi, impuissants face à une désertification de la faune marine.


Plus concrètement, nous avons davantage conscience des richesses naturelles dans les parcs terrestres car elles sont visibles à l'œil nu et sont, la pluspart du temps, mises en valeur. C'est le cas, par exemple, au parc national de Plitvitce en Croatie, où tout un programme d'aménagement a été conçu pour recevoir les touristes et leur montrer les richesses naturelles du parc (photo 1 ci-jointe). De tels aménagements ne sont pas réalisés dans les parcs marins. Les richesses y sont invisibles à moins de pratiquer la plongée sous-marine (photo 2 ci-jointe). D'où l'idée, au Parc Marin du Saguenay-Saint-Laurent, au Québec, d'installer sur un plongeur une caméra reliée à une télévision accessible au public.

Dans les parcs nationaux terrestres, il y a une sorte de conditionnement psychologique à l'entrée du parc matérialisée par une barrière physique. Dans les parcs marins, les touristes ne savent parfois même pas qu'ils entrent dans un espace préservé. Dans un cas comme dans l'autre, ils semblent avoir peu de scrupule à jeter des déchets en mer.

Il apparaît également difficile de canaliser les touristes sur certains sentiers, comme pour les parcs terrestres, afin d'éviter la dégradation de certains lieux trop fragiles. Le contrôle et la sensibilisation à certaines règles sont extrêmement délicats : le parc est ouvert et il est possible de pénétrer en tout lieu.



Le milieu marin apparaît complexe et fragile, c'est ce qui pousse plusieurs pays à l'étudier et à le protéger. Les parcs nationaux marins sont un moyen de conserver ce patrimoine naturel mondial. En effet, ils permettent aux scientifiques, comme à la population, de mieux connaître ce milieu si riche et si précieux. Les parc marins peuvent être également un outil de gestion d'activités différentes, voire opposées sur un même lieu. L'intérêt de ces parcs est maintenant reconnu, surtout pour la prolifération des espèces et, à terme, l'activité de pêche ne pourra qu'en être stimulée. Ils peuvent ainsi répondre à ce désir d'équilibre entre développement économique et préservation des richesses naturelles.



Bibliographie :


-Comité national français de géographie, Sous la direction de René Neboit-Guilhot et Lucette Davy, 1996, Les Français dans leur environnement, Nathan, Paris.

-IUCN, Great Barrier Reef Marine Park Authority, 1995, Global Representative System of Marine Protected Areas, Vol. I, II, III, IV.

-MIOSSEC, Alain, Les littoraux entre nature et aménagement, Sedes Campus, 1998.

-PARCS CANADA, D'un océan à l'autre. Plan de réseau des aires marines nationales de conservation du Canada, Ottawa, Ministère du Patrimoine canadien, 1995.

-SANGUIN, A-L, "Le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent, Un nouveau concept dans l'histoire des parcs nationaux canadiens", Norois, 1989, n° 142, p.137-150.



Biographie :


Préparation d'une thèse de doctorat en géographie (Paris IV-Sorbonne) sur une réflexion autour d'un modèle spatial pour les parcs nationaux marins, insulaires et littoraux. Chargée de cours.

Nombreux séjours à l'étranger pour des recherches, principalement au Canada.

Auteur de plusieurs articles publiés dans des revues scientifiques à comité de lecture.

Membre du Laboratoire Espace et Culture CNRS-UPRESA 80-64, de l'Association de Géographes Français (AGF) et de l'Association Française d'Etudes Canadiennes (AFEC).

Boursière de plusieurs organisations (dont le Gouvernement du Canada).

Helene.Marchand@univ-angers.fr



Iconographie : H. Marchand

Photo 1 : le parc national de Plitvice en Croatie

Photo 2 : le parc national de Kornati en Croatie

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