DÉBAT AUTOUR DU GÉOGRAPHE,
ACTEUR POLITIQUE ET DE LA GÉOGRAPHIE APPLIQUÉE

avec Jean BASTIÉ, Michel PHILIPPONNEAU, Christian PIERRET.


Michel PHLIPPONNEAU

 

L'article complet

Bie: Le Géographe, acteur politique. . Colloque de la Commission de Géographe Appliquée au Sénat, le 8 janvier 1998. Acta Geographica. N' flors Série 1999152 p. 100 Fr.franco.

Société de Géographie 184 Bd Saint-Germain. Paris 75006


Michel PHLIPPONNEAU. La géographie appliquée Du géographe universitaire au géographe professionnel. 300 p. Paris A. Colin 1999


Michel PHLIPPONNEAU dont la carrière universitaire s'est déroulée à Rennes, a présidé la Commission de Géographie appliquée de l'Union géographique internationale. Cette ouverture sur la géographie mondiale est liée à ses recherches appliquées en planification régionale et urbaine qui l'ont conduit, en tant qu'expert, puis élu local et régional à former, avec l'expérience d'un acteur politique, des géographes professionnels.


Il est toujours délicat de rendre compte d'un débat auquel on a soi-même participé. J'espère pourtant traduire fidèlement l'esprit, sinon la lettre, des interventions de Jean Bastié, Président de la Société de Géographie et de Christian Pierret, Président -Fondateur du F.I.G.


Ce dernier avait tiré les conclusions d'un Colloque de la Commission de géographie appliquée du Comité national de géographie, tenu au Sénat le 8 janvier 1998, sous la présidence de Claude Saunier, Sénateur-Maire de Saint-Brieuc, sur le géographe , acteur politique. Il m'avait proposé de présenter au FIG, avec Jean Bastié, le numéro spécial d'Acta Geographica consacré aux Actes du Colloque. Puis en mars dernier paraît mon ouvrage sur La géographie appliquée. Du géographe universitaire au géographe professionnel qui, quarante ans après la publication chez le même éditeur de Géographie et Action. Introduction à la géographie appliquée, fait le point sur l'extraordinaire évolution de cette orientation d'une discipline de culture vers des finalités utilitaires. Christian Pierret qui veut bien l'évoquer lors de la cérémonie d'ouverture du 10 ème FIG pense que les deux ouvrages ont assez de points communs pour faire l'objet d'une même présentation.


Jean Bastié avait estimé que la Société de Géographie se devait de publier les Actes d'un colloque qui avait réuni au Sénat deux ministres, cinq parlementaires en exercice, sept élus territoriaux, un Conseiller économique et social régional et national, géographes d'origine et pour certains toujours de profession, avec des géographes, universitaires et chercheurs dont les travaux peuvent orienter le choix des décideurs politiques. La Société de Géographie, fondée en 1821 a compté parmi ses membres beaucoup d'hommes politiques, de hauts fonctionnaires, de militaires, de diplomates qui, par leur influence, ont contribué à faire progresser la géographie dans l'enseignement pendant tout le XIX ° siècle. Puis entre les deux guerres mondiales la géographie devient surtout l'affaire des universitaires, trop peu nombreux pour associer les applications à la recherche et à l'enseignement . C'est à partir des années cinquante que de Jeunes géographes peuvent répondre aux nouveaux besoins de la société en orientant leurs travaux, puis la formation de leurs étudiants, vers la géographie appliquée. La Société de géographie qui avait vu réduire des 9/ 10 le nombre de ses membres connaît un renouveau sous l'impulsion de Jacqueline Beaujeu Garnier qui en assure la présidence de 1983 à 1995, puis de Jean Bastié. En décembre 1999, 155 nouveaux membres s'ajoutent aux 438 répertoriés en 1996, outre 59 membres d'honneur tous étrangers. La Société compte nombre de personnalités, non géographes de formation, mais conscientes de l'intérêt de la géographie.


Dans un des derniers exposés du Colloque, Jean Bastié rappelle que le problème des rapports entre la Géographie et la Politique, entre les géographes et le pouvoir, « c'est celui, plus général, des liens entre l'observation, la pensée et l'action. Ces termes ne sont pas antinomiques, bien au contraire ! On peut être à la fois homme de pensée et homme d'action. Le colloque devait permettre de confronter les points de vue de géographes devenus acteur politiques , du maire au ministre, qui feraient part de leur expérience concrète et celui des géographes universitaires travaillant sur des problèmes intéressant les élus, les décideurs..


Dans la conclusion du Colloque, pour Christian Pierret la géographie est « la discipline qui exprime à la fois la globalité du monde et ses différences, une discipline qui permet de comprendre le présent de la société pour préparer l'avenir. En ce sens, la géographie est éminemment politique, au sens étymologique du terme: elle s'intéresse aux affaires de la cité. » Et dans l'éditorial de Fig Infos (mai 1999) Christian Pierret revient sur Le politique et le géographe. « Ils sont appelés à collaborer, de façon étroite, pour rendre notre monde plus habitable, plus humain, plus solidaire... De tout temps la géographie a été l'éminence grise du politique. sa bonne et sa mauvaise conscience, celle qui rappelle la nécessité de stratégies régulatrices et l'importance de la légitimation locale. »


Jean Bastié et Christian Pierret étaient particulièrement qualifiés pour discuter des thèmes de mon dernier ouvrage sur la géographie appliquée et sur le passage du géographe universitaire au géographe professionnel. Car toute recherche géographique, pour devenir d'applicable à appliquée , pour se traduire dans une organisation spatiale, dans un système humain, économique se conjuguant à un milieu naturel pour donner un paysage, est subordonnée à une décision politique. Ainsi le géographe participe, le plus souvent indirectement, à l'action politique, en offrant des choix au décideur. Le géographe, acteur politique occupe une position centrale dans cet ouvrage analysant l'évolution de la géographie appliquée au cours de quatre décennies et ses perspectives d'avenir. En 1960, Géographie et action devait s'appuyer essentiellement sur des expériences étrangères, U.R.S.S , U,S.A, Grande-Bretagne, Belgique, Brésil et les géographes français travaillaient davantage, pour les applications dans les pays d'Outre-Mer qu'en métropole. Ce retard a été largement comblé et aujourd'hui plus de 200 formations « professionnalisantes » délivrent des diplômes à des géographes, plus nombreux que ceux qui sont recrutés par concours pour le métier d'enseignant.


Mais il se pose ainsi un problème d'emploi. Peut-on élargir le recrutement de jeunes géographes qui, après 4 à 6 ans d'études spécialisées, doivent souvent accepter un travail sans grand rapport avec celui du géographe professionnel ? Christian Pierret par son expérience d'élu local, régional, de parlementaire, de ministre, mais aussi comme infatigable animateur d'un F.I.G. réunissant tous les courants de la géographie mondiale, était bien placé pour répondre aux questions intéressant l'élargissement des débouchés.


- Oui, les décideurs politiques utilisent, mais devraient utiliser bien davantage les travaux du géographe universitaire. sous contrat formel ou même tacite, surtout s'il travaille en équipe pluridisciplinaire, et y associe ses étudiants avancés, meilleur moyen de les former, d'accroître les relations avec de futurs employeurs. Mais c'est au géographe universitaire qu'il appartient d'utiliser les médias pour faire connaître ce type de travaux. Les progrès de l'intercommunalité, la création des pays devraient permettre de multiplier ces travaux sous contrat, pouvant déboucher sur le recrutement « d'agents de développement ». Cependant ces travaux ne doivent pas concurrencer, par un prix de dumping, les bureaux d'études privés, employant eux-mêmes des géographes « professionnels. »


- Oui, le décideur politique considère, mais pourrait plus souvent considérer le géographe comme un expert: « Les géographes travaillent sur l'actuel... La géographie est aussi un domaine de gestion et d'aménagement qui établit les futurs possibles, probables et éventuellement préférables à la poursuite de la qualité de la vie et du bien être de la société.... Elle a probablement à gagner à offrir ses compétences à l'action politique, à condition de ne pas tomber dans la confusion des rôles » Et après Ch. Pierret, J. Bastié confirme: « Le choix doit demeurer aux mains des politiques et à travers lui, dans celles des citoyens qui l'élisent sur un programme et le jugent à l'élection suivante. »


-Oui, le décideur politique fait appel à de jeunes géographes professionnels et pourrait le faire bien davantage, surtout si ces derniers avaient acquis des techniques, des méthodes, des connaissances complémentaires souvent indispensables à la bonne marche des services. Sans doute les filières de formation, répondant à ce souci, sont nombreuses, mais il serait intéressant d'en comparer objectivement les résultats, l'adaptation des divers systèmes aux besoins des types d'employeurs, les méthodes de placement en fonction des débouchés.


- Oui, après la phase durant laquelle les services de l'Etat ont recruté des géographes professionnels, aujourd'hui avec le développement de la décentralisation, les collectivités territoriales doivent constituer le débouché le plus large. Mais il est exact que les règles administratives pénalisent les géographes en limitant le recrutement des contractuels au bénéfice d'attachés et d'ingénieurs recrutés sur concours. Ces derniers comportent des options d'ordre juridique ou technique auxquelles pourraient se substituer des options d'ordre géographique sur lesquelles sont recrutés des contractuels (aménagement, cartographie). Il appartient aux géographes de faire des propositions que pourraient appuyer des décideurs politiques acquis à l'intérêt de la géographie.


- Oui, ces problèmes pourraient être étudiés lors d'un colloque rappelant celui qui, à Strasbourg en 1961 avait servi de point de départ de la géographie appliquée dans la plupart des universités françaises. Il devrait être longuement préparé avec une dizaine de rapporteurs analysant les réponses à un questionnaire sur autant de grands thèmes intéressant l'avenir de la géographie appliquée. En 1998, le FIG avait été précédé par une réunion du Comité national de géographie qui avait déjà évoqué la géographie « professionnelle ». En 2001, après une longue préparation dans toutes les universités ayant organisé des formations «professionnalisantes », un colloque de la commission de géographie appliquée pourrait précéder ou s'intégrer partiellement au FIG de Saint-Dié, marquant le 40 ème anniversaire du colloque de Strasbourg qui avait précédé la création de la Commission de Géographie appliquée de l'U,G.I. à Londres en 1964, Or, c'est à Glasgow que se tiendra en 2004, le Congrès de l'U.G.I....

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