L'APPORT DE LA TECHNOLOGIE SPATIALE À L'OBSERVATION DE LA TERRE

Jean DENÈGRE

Directeur de l’école Nationale des Sciences Géographiques

Résumé par Christophe Clavel

Cliquer ici pour obtenir L'article complet

On peut appliquer à la télédétection le vers de Victor Hugo :

Qui voit de haut voit bien, qui voit de loin voit juste.

On pourrait y ajouter : Qui voit souvent, comprend. Si on est capable d'observer un phénomène dans la durée, on peut mesurer son évolution et comprendre ses causes, peut-être même prévoir son devenir.

La télédétection spatiale tient (presque) en ces trois phrases :

voir de loin : vision synthétique

voir de haut : vision homogène

voir souvent : vision répétitive

A ces trois propriétés s'ajoute une quatrième, qui est celle de voir diversement, dans différentes longueurs d'onde.

1. Voir de loin et voir de haut

Imaginons une mouche posée sur un livre. Si c'est une mouche instruite qui sait lire, elle pourra déchiffrer les quelques lettres qui sont dans son champ de vision. Si elle prend son vol et s'éloigne du livre, elle pourra lire le mot tout entier et, en s'éloignant davantage, la phrase et même toute la page. Le texte devient ainsi intelligible.

La télédétection procède de la même façon. Elle donne une vision de synthèse.

Le tableau comparatif ci-dessous donne une idée de cette vision de synthèse et compare l’image satellitale avec la photographie aérienne.

Paramètre

Satellite SPOT

Avion King-Air

Rapport

Hauteur de vol

832 km

4,5 km

185

Echelle des images

1:250 000

1:30 000

8

Surface couverte

60 x 60 km

7 x 7 km

8

Nombre d'images*

200

11 000

55

Périodicité

de 3 jours à 26 jours

5 ans

>70

* pour couvrir le territoire français métropolitain.

Comparaison

AVION / SPOT


Différence d'altitude :

rapport 180

(»homme / tour Eiffel).

Différence d'emprise au sol :

Rapport 8,5 x 8,5 = 72.

Différence de géométrie :

Les rayons perspectifs de SPOT sont beaucoup moins inclinés (rapport 20).

® meilleure homogénéité

Figure 1


2. Voir souvent

La télédétection spatiale fournit une vision renouvelée fréquemment, grâce à la "répétitivité" du satellite. En effet un satellite à défilement comme Landsat, Spot, IRS, fait le tour de la Terre en un temps très court (103 mn pour Spot). Lorsqu'il a fait un tour complet, la Terre a évidemment tourné et il ne se retrouve plus au-dessus du même point. Mais l'orbite et la vitesse ont été calculées pour que, au bout de 26 jours, le satellite repasse au-dessus du même point : il peut alors prendre une image identique à la première.

Il est donc possible de prendre, chaque année, 14 images d'un même site terrestre (on dit une "scène"). En fait cette possibilité n'est que théorique, car la couverture nuageuse peut, évidemment, masquer partiellement ou totalement la scène enregistrée.

Il est même possible de viser un même lieu à partir d’une orbite voisine. C’est ce qu’on appelle le "dépointage" du dispositif de visée, autrement dit une visée oblique, et non verticale. Cela permet d'enregistrer, en moyenne, une image d'un même lieu tous les 2,4 jours à la latitude de 45°.

Figure 2 : le dispositif de visée latérale de SPOT permet d'enregistrer une même scène à partir de plusieurs orbites différentes (11 à la latitude de 45° pendant le cycle de 26 jours du satellite) et d'obtenir des images stéréoscopiques.

Cette répétitivité est très utile pour observer des phénomènes à évolution rapide, comme l'agriculture (le suivi des récoltes) ou des catastrophes naturelles comme les inondations ou les incendies de forêts.

3. Voir diversement

En dehors de l'image panchromatique classique (noir et blanc), les capteurs satellitaux peuvent enregistrer des images dans des bandes spectrales bien délimitées, qui sont, soit dans le domaine visible des ondes électromagnétiques, soit dans le domaine invisible, beaucoup plus étendu (proche ou moyen infrarouge, par exemple).

S'ajoutent, pour certains satellites spécialisés, des domaines particuliers tels que l'infrarouge thermique, utilisé par Landsat et surtout les micro-ondes (ou hyperfréquences) du domaine du radar, utilisé par les satellites ERS (Europe) et Radarsat (Canada). Le domaine du radar, qui se caractérise par des longueurs d'ondes de l'ordre du millimètre ou du centimètre, a la propriété de traverser les nuages et donc de pouvoir enregistrer des images "tous temps".

4. Un nouvel outil au service de l'information géographique

Avec ces propriétés révolutionnaires, la télédétection spatiale constitue un outil majeur pour l'observation de la Terre et l'information géographique. Il peut permettre de pallier le sous-équipement cartographique dont souffrent la moitié des pays du globe.

C’est un outil incomparable de développement grâce à sa vocation de surveillance des ressources naturelles et de l'environnement, devenue indispensable sur une planète où l'évolution s'accélère sans cesse.

Haut de la page 

Retour au Menu général

 Actes 1999