LES TRANSPORTS DANS LES PARCS
NATURELS DES ALPES FRANCAISES

Xavier BERNIER
Université de Savoie

 

L'article complet

Plan :

Introduction : Transports et Parcs Naturels : adversaires ou alliés ?

  1. De l’encerclement aux routes traversières :

la diversité des accès et des modes de circulation dans les Parcs.

  1. Les problèmes liés à la gestion des transports dans les Parcs Naturels des Alpes françaises

Conclusion : Des paradoxes multiples pour un outil au service des aménageurs.

Bibliographie succincte :

DDE, 1999, «Manuel technique de signalisation », 200p.

B. FOUQUET et al., 1983 , « Un siècle de routes en Vercors », in Cahiers culturels du Vercors/3, La Manufacture, 70p.

Magazine de la Fédération des PNR de France, juin 1996, «Parcs Naturels Régionaux de France », pp 16-17

P. MARCHAND et al., 1999, «Les Parcs Naturels Régionaux », Guide Gallimard, 304p.

S. MOREL et E. BARON (ss coord.), 1998, «Atlas du Parc National de la Vanoise », CNRS – GIP Reclus, 64p.

R.G.A., 1993, «Les transports dans l’Arc alpin », n°4, tome LXXXI, 107p.

G. RICHEZ, 1992, «Parcs Nationaux et tourisme en Europe », L’Harmattan, 421p.

VADROT C.M., 1998, «Le Parc de la Vanoise », Ed. Actes Sud.

J.P. ZUANON, 1995, «Chronique d’un Parc oublié : du parc de la Bérarde (1913) au Parc National des Ecrins (1973) », in R.G.A., Hors-série – Coll. Ascendances, 144p.

Biographie de l’auteur :

Xavier BERNIER, Maître de Conférences à l’Université de Savoie, est l’auteur d’une thèse sur «transports et développement en Himalaya central : le cas du Népal ». Agrégé de Géographie, ses travaux portent sur les transports en zone de montagne, dans les pays du Sud (a publié en 1997 «les mutations des espaces ruraux dans les PVD », Ed. Economica) et dans les Alpes françaises.

Introduction : Transports et Parcs Naturels : adversaires ou alliés ?

Parmi les images traditionnellement associées aux Parcs Naturels, les transports sont loin d’être un thème évident. Dans ces espaces bien délimités où l’on revendique pour la «nature » une place de choix, ils sont pourtant au cœur d’enjeux multiples.

Guidée par une logique de préservation intégrale, en particulier dans la zone centrale, la création des 3 Parcs Nationaux des Alpes françaises (Vanoise, 1963, Ecrins, 1973, Mercantour, 1979) est récente. Dans ces structures d’aménagement plutôt rigides, les transports modernes ne paraissent pas a priori les bienvenus et sont souvent décriés pour les pollutions et nuisances liées à l’accès facilité pour un trop grand nombre. Parce qu’ils ambitionnent la promotion d’un «développement durable » et recherchent un levier économique, les Parcs Naturels Régionaux (Vercors, créé en 1970, Queyras, 1977, Chartreuse et Bauges, 1995), semblent au contraire accueillir les transports comme des alliés de choix.

Ouverts à différentes formes de circulation, les Parcs sont en fait le lieu de nombreux paradoxes et contradictions. Si les infrastructures de transport permettent l’accès à des espaces récréatifs pour des touristes, une fréquentation aisée des riverains et des professionnels de la montagne ou encore un certain nombre de passages transversaux, elles posent aussi des problèmes, en particulier en matière de flux et de stationnement.

De l’encerclement aux routes traversières : la diversité des accès et des modes de circulation dans les Parcs.

Trois principaux types de circulation peuvent clairement être isolés.

Les cas de la Vanoise et des Ecrins renvoient d’abord à une logique d’encerclement, décrite par G. Richez (1992). Certaines routes autorisent tout de même des incursions en zone centrale comme la montée du col de l’Iseran (18) côté Bonneval, d’Entre Deux Eaux (19), les fins de section en direction du Pré de Mme Carle (14) ou de Confolens (17). Pour le reste, les accès se font par des «portes » (chalets de l’Orgère (20), barrages d’Aussois (21), La Bérarde (15)…) qui sont autant de terminus.

Le Mercantour constitue un 2° type isolé, parcouru lui par quelques routes transversales et avec là aussi un certain nombre de «portes ».

Enfin, le 3° ensemble est composé par les 4 PNR qui fonctionnent comme de véritables «châteaux-forts » ou «forteresses ». Cette logique préside de façon paroxystique au fonctionnement du Parc du Queyras : les cols d’Agnel (8) et de l’Izoard (7), fermés en hiver, le rendent alors seulement accessible par la combe du Queyras (11).

Les Parcs ont hérité de la plupart de ces routes. Leurs constructions, pour pénétrer les massifs, ont souvent exigé un labeur de titans. Dans le Vercors, à partir de la 2° moitié du XIX° siècle ou pour franchir le col de l’Iseran (1937), elles ont même participé à un certain mythe. Ailleurs, elles ont été dictées par l’accès à des infrastructures (barrages d’Aussois dans les années 50) ou le développement du tourisme (route privée des grottes de Choranche (6) en 1967-68, tunnel du Mortier (5) au moment des J.O. de 1968, route du Charmant Som (2) à l’initiative du Touring Club de France). L’avènement des Parcs a pu aussi servir d’accélérateur. Ancêtre du Parc des Ecrins, celui de la Bérarde a été fondé en 1913, un an après le début des travaux de la route ! La zone du Pré de Mme Carle a été à l’origine d’un conflit foncier entre l’Etat et la commune de Pelvoux, finalement propriétaire, mais d’un espace classé. Enfin le Parc de la Vanoise lui-même a suscité la réalisation des routes de l’Orgère et d’Entre Deux Eaux.

La création des Parcs et la gestion voire la construction de ces infrastructures sont donc bien souvent indissociables. Dans ce contexte, il n’est pas étonnant aujourd’hui de retrouver une signalisation et un balisage spécifiques. Ils indiquent avec des idéogrammes originaux reprenant souvent l’emblème des Parcs, l’espace protégé lui-même ou des pôles remarquables. La DDE s ‘en charge en intelligence avec les Parcs qui lui imposent une série de contraintes pour l’entretien des abords (pas de désherbants par exemple) ou la mise en place de parkings éducatifs.

Les problèmes liés à la gestion des transports dans les Parcs Naturels des Alpes françaises

Quelques sections ont un statut privé (Choranche, chalets de l’Orgère, pistes EDF…) ou sont carrément gérées par un SIVU (route de la Bonnette(13)). Les Parcs Nationaux ont établi un code de bonne conduite qui incite à découvrir l’espace à pied et qui interdit dans la zone centrale les véhicules à moteur, les VTT ou encore le survol du Parc à moins de 1000 mètres. L’ombre portée peut en effet réveiller l’instinct de menace des prédateurs et gêner la faune. La réglementation est plus souple et ponctuelle dans les PNR. Le col d’Agnel est par exemple interdit aux cars tandis que les autorisations aux 4X4 sur les chemins se font à la discrétion des communes.

On cherche malgré tout à valoriser certains itinéraires et destinations remarquables comme «la route des Alpes » ou «la Vallée des Merveilles » ou encore le Monastère de la Grande Chartreuse. Les cols routiers sont parfois appropriés par certaines manifestations (passage du Tour de France et musée de la bicyclette au col de l’Izoard, Jardins alpins du col du Lautaret, marchés paysans au col de Porte (1) –cf photo 1).

Photo 1 : Marché paysan au col de Porte sous la houlette du PNR de Chartreuse

(montage d’après photos X. BERNIER, sept 1999)

Photo 2 : Parking obligatoire à Champhorent sur
la route de la Bérarde

Photo X. Bernier, 1999

Signalons aussi le projet de requalification du col de l’Iseran qui associe depuis juillet 1997 le District de Maurienne, le SIVOM de Hte Tarentaise, les communes de Val d’Isère et de Bonneval, l’évêché de St Jean de Maurienne et le propriétaire du magasin de souvenir du col. Il s’agirait de «rendre au paysage sa qualité » par abaissement du niveau de la route, revégétalisation, suppression des friches touristiques (mâts, remontées mécaniques…) et d’en faire un lieu mieux géré.

Cela passe aussi par une meilleure maîtrise des parkings au niveau d’un col où on a compté jusqu’à 160 véhicules simultanément en août 1996. Le stationnement est désormais au cœur de politiques rigoureuses comme au Pré de Mme Carle ou sur la route de la Bérarde, où des parkings conseillés voire obligatoires sont situés au point de départ de balade, à Champhorent par exemple (cf photo 2). Les flux sont aussi contrôlés par des fermetures temporaires, imposées tantôt par les contraintes hivernales, tantôt pour les estivants : sur la commune de St Véran, la route de la chapelle de Clausis (9) est ainsi fermée l’été aux voitures de 7h du matin à 6h du soir. Les glissements de terrain et l’exposition aux risques peuvent aussi conduire à des fermetures comme celle de la Charmette (3) ou du tunnel du Mortier qui augmentent «l’effet forteresse ». Celle du belvédère du Mont Viso (10) a permis à un parking paysager de voir le jour au lieu-dit «la Roche écroulée ».

Développer les transports collectifs constitue une autre alternative dans la gestion des flux. La société des cars Transsavoie dessert ainsi 4 stations en zone centrale (Route d’Entre Deux Eaux) et des navettes privées relient la maison du Parc des Ecrins à la vallée du Fournel (16).

Conclusion : Des paradoxes multiples pour un outil au service des aménageurs.

Bien gérés, les transports se révèlent finalement de précieux alliés pour atteindre les objectifs des Parcs Nationaux : ils permettent alors une concentration spatiale et une maîtrise des flux. Ils peuvent aussi être le support d’instruments éducatifs (sentiers Nature de l’Orgère). La construction de passages canadiens sur la route du col de la Cayolle (12) permet une meilleure intégration des activités de transhumance (moutons de la Crau). A l’inverse la modernisation de certaines sections dans les PNR (comme le tunnel d’Arbois dans les gorges de la Bourne (4)) peut entrer en contradiction avec leurs revendications «naturelles». Ces «routes du vertige » sont pourtant un réel élément de valorisation touristique. Deux pièges sont manifestement à éviter : charger les transports dans les parcs de tous les maux ou leur attribuer toutes les vertus. A la faveur d’une politique raisonnée, ils peuvent devenir un remarquable outil au service des aménageurs.

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